Trancher au risque de déplaire

Difficile de trancher pour qui cherche à rassembler, à concilier. Comment faire pour provoquer un nouveau mouvement et maintenir la qualité de relation ?
À retenir : 3 points clés
Etudier (vraiment !) les options à départager
Un 1er risque : tomber dans le piège du survol ! On a d'emblée une préférence pour une des solutions et l'on regarde à peine l'autre ou les autres. on est alors incapable d'étayer notre décision qui apparaîtra comme le fait du prince. C'est aussi cette analyse du non-retenu qui aide à trancher car on ne sent plus légitime dans le choix opéré.
"Une phrase et une seule" pour annoncer la décision
Un 2ème risque : croire que l'on adoucit l'annonce de la décision avec des précautions oratoires. Bien au contraire, le principe "une phrase et une seule" est plus respectueux des interlocuteurs bientôt déçus. D'ailleurs, c'est une fois la décision communiquée que le véritable échange peut commencer.
Agir face aux déceptions et mécontentements
Ce qui nous empêche parfois de trancher : la crainte de l'après ! Comment ne pas braquer un des interlocuteurs ? Comment réagir si le conflit éclate ?... Ces craintes sont légitimes mais l'issue catastrophique n'est pas une fatalité. Il y a, avant tout, à accepter ces réactions, à les prendre en compte (le pire serait de les ignorer ou de les minimiser) : qu'est-ce qui est le plus décevant pour le collaborateur ? Comprend-t-il la décision ? Si non, quelle information lui manque-t-il ? Pense-t-il que l'on manque d'impartialité et dans ce cas pourquoi ?... Car généralement, ce n'est pas tant la décision qui pose problème mais le manque de considération à l'égard de ceux qu'elle mécontente !
Je m'entraîne
Vous créez au sein de votre équipe un poste qui constituerait une promotion pour deux de vos collaborateurs, Jeanne et Bart. Tous deux ont postulé et vous avez longuement hésité avant de trancher :
c’est finalement Jeanne qui occupera le poste. Vous vous attendez à ce que Bart soit extrêmement déçu. Que faites-vous ?
Vous demandez à Jeanne d'être compréhensive à l'égard de Bart car il voulait lui aussi le poste.
Ce n'est a priori pas nécessaire et vous ne cherchez pas à ce que Jeanne s'apitoie sur le sort de Bart, bien au contraire ! Vous pouvez éventuellement aborder, si elle le souhaite, la question de ses nouvelles relations avec Bart. 
Vous réunissez Jeanne et Bart pour leur annoncer votre décision, ainsi, vous espérez dissiper tout malentendu.
Ce n'est probablement pas une bonne idée car cette réunion mettrait vos deux collaborateurs mal à l'aise. Mieux vaut annoncer à chacun, individuellement, votre décision. Ce pour que chacun exprime plus "librement" son ressenti et que vous adaptiez alors votre discours. 
Vous rencontrez Bart avant que l'annonce officielle ne soit faite : "j'ai retenu la candidature de Jeanne. Je sais que c'est une déception pour toi et je voudrais que l'on prenne le temps d'en discuter".
Bien sûr, aucune annonce ne rendra à Bart la décision plus agréable. Le but ici : souligner que la décision est prise et souligner qu'elle mérite un véritable échange. Echange lors duquel vous donnerez certains des critères qui ont guidé votre choix. Vous pourrez également proposer à Bart un futur entretien, dans quelques semaines, pour envisager son avenir.
Vous recevez Bart pour justifier vote décision : "J'ai dû choisir Jeanne car elle a plus d'expérience que toi et je n'étais pas le seul à décider. Mais tu as aussi beaucoup de potentiel et je vais tout faire pour que l'on te fasse évoluer, d'une manière ou d'une autre".
Cette réponse est un condensé de bombes à retardement ! Justification hâtive et peu convaincante, repli sous l'autorité "plus haute" ("c'est pas moi qui décide !"), engagement que l'on n'est pas sûr de savoir tenir. Aucune chance de maintenir avec le collaborateur une relation de qualité.
Conseil du coach

Décider, c'est prendre le risque de déplaire
L'histoire du Paradoxe d'Abilène de Jerrey B.Harvey
Une piste à envisager pour entériner toute décision
Chronique : Le consensus est-il toujours mou ?
Associé souvent à tort au « flou », au « mou », au manque de courage des décideurs, le mot « consensus » ne semble pas toujours avoir bonne presse par les temps qui courent...
Notre époque post-moderne n'aurait-elle pas perdu de vue la philosophie ou l'état d'esprit qui émane de cette belle et grande idée de consensus ? Une belle et grande idée pour l'Humanité, fondatrice du vivre-ensemble « démocratique »...

Mais qu'est-ce, au juste, que le consensus ? Le consensus renverrait à un processus collectif de recherche de sens pour aborder les problèmes en vue de prendre des décisions.

 
 
 
 

Le consensus est un principe hérité de l'Antiquité qui marque le pouvoir de la raison par rapport à la violence. Les hommes décident de faire usage du Logos pour délibérer et décider ensemble. Le Logos désigne en grec à la fois « le langage » et « la raison ».
Le consensus se présente ainsi comme la meilleure alternative à l'usage de la violence ou aux rapports de force. Plus qu'un idéal ou qu'un grand principe, le consensus serait pour les anciens un art et une habileté qui renvoie à une disposition d'esprit essentielle : la prudence (en grec : phronesis). « Mère de toutes les vertus », elle apparaît comme une qualité humaine indispensable pour « créer » le consensus.

A l'origine, le terme concentio désigne « l'art de chanter ensemble ». Pour poursuivre l'image dans ce sens, le consensus serait l'art de trouver une forme harmonieuse dans une pluralité de voix différentes et potentiellement dissonantes.
Or rechercher l'harmonie dans une polyphonie ne suffit pas à écarter tout à fait les risques de cacophonie... !       
La recherche du consensus trouve a fortiori tout son sens lorsqu'apparaissent des dissensions au sein d'un groupe.
En situation de décision, un groupe définit un niveau d'acceptabilité commun qui permettra d'augmenter les chances de déboucher sur un accord.
Les compromis qui résultent du « processus-consensus » apparaissent ainsi plus souvent comme les « moins mauvaises solutions » que comme les « meilleures ».

En réponse à la question posée plus haut, voici une proposition que nous pourrions faire sous forme de syllogisme :

Les hommes sont portés naturellement à vivre en groupe.
Or les groupes sont toujours exposés à des dissensions possibles.
Donc les hommes préfèrent le consensus au dissensus.

Le débat est ouvert : cette proposition fera-t-elle consensus ?


Tristan de Fommervault pour le Gymnase du Management
 
 
  
  
 


Je m'évalue
Voici maintenant 3 questions pour tester vos acquis.
A chaque question une seule bonne réponse mais attention, il y a parmi les réponses possibles, une "presque bonne" qui pourrait vous faire hésiter !
1 / 3   Annonce délicate
Vous décidez de stopper un projet alors que la majorité de l'équipe souhaite le mener à bien. Comment l'annoncez-vous ?
J'ai longuement étudié les différentes options. La 1ère présentait certes des avantages mais le risque était de conserver notre retard encore plusieurs mois. La 2ème...
Trop long, c'est votre conclusion qui, à ce stade, intéresse l'équipe.
J'ai opté pour l'arrêt du projet. Je sais que ma décision ne fera pas l'unanimité.
Oui, vous annoncez clairement votre décision en montrant que vous êtes conscient(e) des réticences. L'équipe va réagir puis vous donnerez des explications.
La majorité d'entre vous souhaite poursuivre le projet. Le problème est que l'on n'est pas sûr de réussir à rattraper notre retard. Je crains que ce soit une mauvaise idée.
Vous tournez autour du pot sans annoncer véritablement votre décision.
J'ai décidé de stopper le projet. Je sais que certains d'entre vous ne sont pas d'accord mais je maintiendrai ma position.
Vous vous défendez avant même qu'il y ait attaque et vous risquez de justement la provoquer.
2 / 3   Question facilitatrice
Vous avez du mal à trancher car chaque solution envisagée présente des inconvénients. Quelle question pourrait-vous aider ?
Quelle option sera la plus bénéfique pour moi ?
C'est justement ce que vous ne savez pas identifier.
Parmi les différents inconvénients, quel est celui que je saurai gérer le mieux ?
Oui, la question peut vous permettre de vous projeter dans les éventuelles difficultés et à identifier celles acceptables pour vous.
Quels sont les avantages et les inconvénients de chaque solution ?
Vous pouvez effectivement les lister mais ce ne sera peut-être pas suffisant.
Comment être sûr de prendre la bonne décision ?
Vous n'en serez jamais sûr(e) !
3 / 3   Tous en vacances en même temps
3 de vos collaborateurs posent des congés à la même période alors qu'1 d'entre eux doit assurer la permanence. Ils ne réussissent pas à se mettre d'accord, que leur dites-vous ?
Je vous laisse jusqu'à demain pour vous mettre d'accord; je n'ai pas envie de décider à votre place.
Le problème risque de n'être que repoussé.
Je vais devoir trancher en tirant au sort.
Oui, c'est une façon de trancher. Si vous disposez de critères objectifs pour éviter le tirage au sort, ce sera évidemment encore plus légitime.
Dans ce cas, chacun de vous prendra 1/3 de la période.
Vous risquez de provoquer 3 mécontentements au lieu d'1 ! Mais c'est malgré tout une façon de trancher.
Je vais devoir faire intervenir la Direction des Ressources Humaines pour vous amener à trouver une solution.
Vous donnez l'impression de vous débarrasser du problème.
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